L’inspection des caves par les révolutionnaires
En pleine nuit, des centaines de révolutionnaires armés investissent l’Observatoire royal. Ils chercheront jusque dans les entrailles du bâtiment. Ils finiront par trouver un arsenal redoutable dans la cuisine des Cassini !
Dès le 16 juillet 1789, l’Observatoire est plongé dans la tourmente révolutionnaire. Sur le coup des six heures du matin, trois cents hommes armés investissent les lieux et en gardent toutes les issues. Cassini IV, qui ne loge plus à l’Observatoire depuis mars 1787 du fait des travaux de restauration du vieux bâtiment Perrault, est cherché dans son logement de la rue Maillet (actuellement rue Cassini) par un officier accompagné de six hommes.
Il lui est alors exhibé l’ordre de visiter soigneusement l’Observatoire, où l’on soupçonne qu’on a caché des farines, de la poudre et des fusils. Aucun coin ou recoin de l’édifice n’est laissé de côté. Il ne reste plus que les caves de l’Observatoire, vaste réseau de galeries provenant de vieilles carrières situé à 25 m de profondeur.
Dès l’achèvement de la construction de l’Observatoire, un thermomètre de Mariotte y avait été déposé le 24 septembre 1671, montrant l’invariabilité de la température des souterrains. Le 7 juillet 1783, un autre thermomètre de haute sensibilité dit thermomètre de température des caves, construit par Mossy sous la direction de Lavoisier, avait été placé dans les caves par Cassini ; il marquait 11.42°.

- Thermomètre dit de Lavoisier, placé dans les caves de l’Observatoire.<
- Extrait des Œuvres de Lavoisier, tome III.
Cent hommes et des commissaires du district s’y engouffrent à la suite de Cassini les menant à la lueur d’un flambeau. La porte du cabinet abritant le thermomètre de Lavoisier (appellation donnée par Arago au siècle suivant) est enfoncée et, au grand dam de Cassini, une expérience très curieuse sur les mouvements de l’aiguille aimantée menée depuis plusieurs années est culbutée.
Cassini les traîne ainsi jusqu’aux carrières de Montrouge, par des passages inondés presque toute l’année : Avancez, Messieurs, avancez ; vous venez chercher des poudres et des farines sous l’eau, convenez que la cachette ne serait pas mauvaise … !
Finalement, comme seule prise, ils emporteront le boulet qui sert de contrepoids au tournebroche, trouvé dans la cuisine des Cassini ! Il est triomphalement suspendu dans un filet et porté dans Paris par une cohorte citoyenne. Le "boulet de l’Observatoire", la deuxième prise de la Révolution après celle de la Bastille.
Cassini, moqueur, s’écrira : La broche et son boulet, voilà tout mon arsenal !
A la suite de cette visite, Cassini déclara qu’il ne remettrait jamais les pieds dans les souterrains ; il refusa de se charger désormais des clefs.
De cet épisode, il reste encore la porte en bois fracturée et un cruchon possiblement abandonné par l’un des hommes en armes …
Auteur
Pascal Descamps
Dernière modification le 27 février 2013