Des aurores planétaires visualisent la trace d’un choc interplanétaire du Soleil jusqu’à Saturne (9 UA)
1er décembre 2004
Des astronomes du LESIA à l’Observatoire de Paris ont observé pour la première fois un orage magnétique dans la magnétosphère de Saturne en analysant les aurores UV de cette planète, vues par le télescope spatial Hubble. Grâce à une configuration géométrique favorable des planètes, ils ont montré, à l’aide d’un code numérique de propagation du vent solaire (écrit à l’Université du Michigan), qu’il s’agit de la réponse aurorale de Saturne à l’impact d’un choc interplanétaire sur la magnétosphère de Saturne. Sur son passage, ce choc, dû à une série d’éjections de plasma coronal solaire, avait auparavant excité des orages magnétiques sur la Terre et sur Jupiter. Ces résultats ont été publiés dans Nature le mois dernier.
On sait depuis l’avènement de l’ère spatiale que la relation entre l’activité solaire et l’étendue et l’intensité des aurores polaires sur Terre s’établit par l’intermédiaire du plasma et du champ magnétique du vent solaire. L’interaction entre le vent solaire et la magnétosphère a lieu à la frontière entre les lignes de champ magnétique terrestre fermées et celles qui sont ouvertes sur le milieu interplanétaire. Cette interaction prend la forme de reconnections magnétiques entre les champs terrestre et solaire. Il en résulte une activité magnétosphérique - et donc une activité aurorale - permanente, d’assez faible niveau, située essentiellement du côté nuit. Lorsque l’arrivée d’un choc interplanétaire comprime brutalement la magnétosphère, l’équilibre du plasma magnétosphérique est affecté, et les précipitations de particules chargées énergétiques s’intensifient et s’étendent vers les basses latitudes : c’est un orage géomagnétique accompagné d’aurores très brillantes et très étendues. On connait aussi depuis les missions Voyager l’existence d’aurores permanentes sur les planètes (magnétisées) Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, et on sait qu’elles sont fortement corrélées aux fluctuations de vitesse, densité et pression du vent solaire. Mais on n’avait jamais pu jusqu’ici observer directement l’équivalent d’un orage géomagnétique en réponse au passage d’un choc interplanétaire. On ignorait donc si un choc garde intactes ses propriétés d’interaction avec les magnétosphères lors de sa propagation à travers le système solaire, et si la nature de l’interaction est la même pour toutes les planètes magnétisées.
Depuis 1992 pour Jupiter, et 1996 pour Saturne, R. Prangé et L. Pallier observent les aurores planétaires avec le télescope spatial Hubble (HST). Les images prises en ultraviolet lointain à très haute résolution spatiale (1 pixel 75 km sur le disque de Jupiter et 150 km sur celui de Saturne) permettent une étude très précise de la morphologie des aurores et de sa variabilité. Les aurores de Saturne obtenues pendant plusieurs années se sont révélées assez simples, consistant en un anneau brillant autour de chaque pôle (comme sur le Terre) avec une asymétrie matin-soir en latitude et en intensité. Le 7 décembre 2000 par contre, cet anneau, plus intense qu’à l’habitude, se double d’une région active très brillante à plus haute latitude sur la calotte polaire. Le lendemain, tout est rentré dans l’ordre (figure 1). On soupçonne alors qu’il s’agit de la première observation d’un orage magnétique sur Saturne. Mais aucune sonde spatiale ne se trouve alors à proximité immédiate de Saturne pour y mesurer l’état du vent solaire et confirmer cette hypothèse.

- Découverte d’un orage auroral (ou magnétique) sur Saturne le 7 décembre 2000 à 11:30 TU (Ã gauche). Les aurores ont retrouvé leur aspect usuel le 8 décembre 2000 à 10:00TU (Ã droite). Images en fausses couleurs prises par le Space Telescope Imaging Spectrograph (STIS) à bord de HST dans les bandes de Werner et de Lyman de H2 ( 130 - 165 nm) excitées par collisions avec les particules énergétiques précipitées de la magnétosphère sur l’atmosphère. Le disque est vu par réflexion du continu solaire dans la bande spectrale. Un sphéroïde aplati et un système de coordonnées ont été ajustés au limbe visible de la planète.

- Découverte d’un orage auroral (ou magnétique) sur Saturne le 7 décembre 2000 à 11:30 TU (Ã gauche). Les aurores ont retrouvé leur aspect usuel le 8 décembre 2000 à 10:00TU (Ã droite). Images en fausses couleurs prises par le Space Telescope Imaging Spectrograph (STIS) à bord de HST dans les bandes de Werner et de Lyman de H2 ( 130 - 165 nm) excitées par collisions avec les particules énergétiques précipitées de la magnétosphère sur l’atmosphère. Le disque est vu par réflexion du continu solaire dans la bande spectrale. Un sphéroïde aplati et un système de coordonnées ont été ajustés au limbe visible de la planète.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir Épaulée par un collègue américain qui développe un code magnétohydrodynamique (MHD) de propagation du vent solaire depuis la Terre jusqu’à plusieurs UA, l’équipe du LESIA tire parti de la conjonction planétaire exceptionnelle au moment de ces observations : le Soleil, la Terre, Jupiter et Saturne étaient alors presque alignés, et des mesures des paramètres du vent solaires ont été réalisées un peu en amont de Jupiter par la sonde Cassini (en route vers Saturne). Le "même vent solaire" rencontrait donc successivement les trois planètes, comme le montre le graphe ci-contre, et la validité du modéle MHD pouvait être testée en comparant ses extrapolations aux mesures faites par Cassini à 5 UA du Soleil. Les conclusions sont résumées par la figure 2 : une série de d’éjections de matière coronale solaire (CME) observée par SOHO a généré une série de chocs dans le vent solaire, mesurés deux jours plus tard par WIND et ACE près de la Terre. A la distance de Jupiter, après 15 jours de propagation, ces chocs fusionnent en un choc plus étendu (comme simulé par le code MHD et mesuré par Cassini). Un mois plus tard, ce choc atteint Saturne au moment de la violente perturbation aurorale, dont la nature d’orage magnétique est ainsi démontrée. La colonne de gauche de la figure 2 montre aussi que des orages magnétiques ont été déclenchés sur chacune des trois planètes successivement lors de l’interaction de ce choc avec leur magnétosphère. Enfin, on note des ressemblances entre les réponses aurorales de la Terre et de Saturne (intensification des aurores côté nuit, activation de lignes de champ magnétique ouvertes), mais aussi des différences (pas d’expansion de l’ovale auroral de Saturne, et asymétrie matin-soir) qui portent la signature des processus de couplage propre à chaque planète. On attend maintenant de la mission Cassini, en orbite autour de Saturne, une moisson de nouvelles données qui permettront de comprendre plus complètement les interactions vent solaire / magnétosphères planétaires à l’échelle du système solaire. Reférence An interplanetary shock traced by planetary auroral storms from the Sun to Saturn Renée Prangé, Laurent Pallier, Kenneth C. Hansen, Russ Howard, Angelos Vourlidas, Régis Courtin & Chris Parkinson Nature 432, 78 (2004) 4 November
Contact Renée Prangé (Observatoire de Paris, LESIA)
Dernière modification le 22 février 2013
Dans la même rubrique
- Des aurores planétaires visualisent la trace d’un choc interplanétaire du Soleil jusqu’à Saturne (9 UA)
- Planetary aurorae trace an interplanetary shock from the Sun to Saturn (9 AU)
- Des cycles glaciaires intenses sur Mars
- Severe glacial cycles on Mars
- Des cycles glaciaires intenses sur Mars
- Severe glacial cycles on Mars
- Recipe for a planet
- Recette pour une planète
- Campagne internationale JOP178 des 5-19 octobre 2004 : 11 instruments solaires pointent le même filament, THÉMIS cartographie le champ magnétique
- International Joint Observing Program JOP178, 2004 October 5-19 : 11 solar instruments point the same filament, THEMIS maps the vector magnetic field
- Recipe for a planet
- Recette pour une planète
- Campagne internationale JOP178 des 5-19 octobre 2004 : 11 instruments solaires pointent le même filament, THÉMIS cartographie le champ magnétique
- International Joint Observing Program JOP178, 2004 October 5-19 : 11 solar instruments point the same filament, THEMIS maps the vector magnetic field
- Première carte de rayons gamma d’énergie TeV d’une source cosmique : un reste de supernova
- First image of TeV-energy gamma-rays of a cosmic source : a supernova remnant
- Première carte de rayons gamma d’énergie TeV d’une source cosmique : un reste de supernova
- First image of TeV-energy gamma-rays of a cosmic source : a supernova remnant
- A new astronomical solution for the calibration of a geological time scale
- Une nouvelle solution astronomique pour la calibration des échelles de temps géologiques
- VLTI watches the pulsation of four southern Cepheids
- Le VLTI observe la pulsation de quatre Céphéides australes
- A new astronomical solution for the calibration of a geological time scale
- Une nouvelle solution astronomique pour la calibration des échelles de temps géologiques
- VLTI watches the pulsation of four southern Cepheids
- Le VLTI observe la pulsation de quatre Céphéides australes
- Remnants of the 1994 comet crash in Jupiter
- Jupiter : toujours des cicatrices de la collision cométaire de 1994
- Les galaxies irrégulières naines : pas si élémentaires après tout
- Dwarf Irregular Galaxies : Not so pristine after all
- Les galaxies irrégulières naines : pas si élémentaires après tout
- Dwarf Irregular Galaxies : Not so pristine after all
- Prédire le destin du Soleil : l’environnement proche des étoiles Mira observé par interférométrie
- Foreseeing the Sun’s fate : Astronomical interferometry reveals the close environment of Mira stars
- Prédire le destin du Soleil : l’environnement proche des étoiles Mira observé par interférométrie
- Foreseeing the Sun’s fate : Astronomical interferometry reveals the close environment of Mira stars
- Remnants of the 1994 comet crash in Jupiter
- Jupiter : toujours des cicatrices de la collision cométaire de 1994
- Comment s’est formée la planète du système binaire Gamma-Cephei ?
- How did the planet in the Gamma-Cephei binary system form ?
- Comment s’est formée la planète du système binaire Gamma-Cephei ?
- How did the planet in the Gamma-Cephei binary system form ?
- Des monstres cosmiques boulimiques
- Overeating Monsters
- Titan, un nouveau monde se dévoile
- Titan, a new world is unveiled
- Titan, un nouveau monde se dévoile
- Titan, a new world is unveiled
- La capture de Mercure en résonance spin-orbite 3:2 s’explique par le mouvement chaotique de son orbite
- The explanation of Mercury’s capture into the 3:2 spin-orbit resonance as a result of its chaotic orbital dynamics
- La capture de Mercure en résonance spin-orbite 3:2 s’explique par le mouvement chaotique de son orbite
- The explanation of Mercury’s capture into the 3:2 spin-orbit resonance as a result of its chaotic orbital dynamics
- CASSINI fait son entrée dans le système de Saturne
- CASSINI enters the Saturn system
- CASSINI fait son entrée dans le système de Saturne
- CASSINI enters the Saturn system
- Des monstres cosmiques boulimiques
- Overeating Monsters
- De l’eau oxygénée sur Mars
- Hydrogen peroxide on Mars
- De l’eau oxygénée sur Mars
- Hydrogen peroxide on Mars
- Première observation d’un noyau actif de galaxie avec le VLTI : résolution du tore au coeur de NGC 1068
- First observation of an active galactic nucleus with the VLTI : resolution of the torus at the heart of NGC 1068
- Première observation d’un noyau actif de galaxie avec le VLTI : résolution du tore au coeur de NGC 1068
- First observation of an active galactic nucleus with the VLTI : resolution of the torus at the heart of NGC 1068
- Les nouveaux astéroïdes cibles de la mission Rosetta : 21 Lutetia et 2867 Steins
- The new asteroid targets of Rosetta mission : 21 Lutetia and 2867 Steins
- Les nouveaux astéroïdes cibles de la mission Rosetta : 21 Lutetia et 2867 Steins
- The new asteroid targets of Rosetta mission : 21 Lutetia and 2867 Steins
- Atomic hydrogen from circumstellar shells around AGB stars
- L’hydrogène atomique dans les enveloppes circumstellaires autour des étoiles AGB
- De l’antigel dans la comète Hale-Bopp
- Antifreeze in comet Hale-Bopp
- De l’antigel dans la comète Hale-Bopp
- Antifreeze in comet Hale-Bopp
- Répartition des glaces de H2O et CO2 dans la calotte polaire sud de Mars Observations OMEGA/Mars Express
- Repartition of H2O and CO2 ices on the south polar cap of Mars Observations OMEGA/Mars Express
- Répartition des glaces de H2O et CO2 dans la calotte polaire sud de Mars Observations OMEGA/Mars Express
- Repartition of H2O and CO2 ices on the south polar cap of Mars Observations OMEGA/Mars Express
- Atomic hydrogen from circumstellar shells around AGB stars
- L’hydrogène atomique dans les enveloppes circumstellaires autour des étoiles AGB
- Time evolution of protoneutron stars
- L’évolution temporelle des proto-étoiles à neutrons
- Time evolution of protoneutron stars
- L’évolution temporelle des proto-étoiles à neutrons
- First results of the ESA/Mars Express orbiter around Mars
- Premiers résultats de la sonde Mars Express de l’ESA en orbite autour de Mars
- First results of the ESA/Mars Express orbiter around Mars
- Premiers résultats de la sonde Mars Express de l’ESA en orbite autour de Mars
- Lancement de Rosetta par Ariane-5
- L’Observatoire participera à la réalisation de l’instrument infrarouge MIRI, sur le futur télescope spatial JWST
- Paris Observatory will participate in the realisation of the infrared instrument MIRI, on the future space telescope JWST
- L’Observatoire participera à la réalisation de l’instrument infrarouge MIRI, sur le futur télescope spatial JWST
- Paris Observatory will participate in the realisation of the infrared instrument MIRI, on the future space telescope JWST
- Conceptual unification of elementary particles, black holes and the primordial states of the universe
- Unification conceptuelle des particules élémentaires, trous noirs et les états primordiaux de l’univers
- Conceptual unification of elementary particles, black holes and the primordial states of the universe
- Unification conceptuelle des particules élémentaires, trous noirs et les états primordiaux de l’univers


