Hubble et le Very Large Telescope traquent la forme et l’évolution des galaxies lointaines
1er mars 2009
Huit astronomes de l’Observatoire de Paris, du Laboratoire Astrophysique de Marseille, de l’Institut d’Astrophysique de Paris et du CNRS ont obtenu un aperçu exceptionnel de galaxies lointaines, vues à une époque où l’Univers n’avait que la moitié de son âge actuel de 13,7 milliards d’années. En combinant les capacités uniques du télescope spatial Hubble de la NASA et de l’ESA, avec celles du spectrographe FLAMES/GIRAFFE au Very Large Telescope (VLT) de l’ESO au Chili , ils ont pu modéliser ces objets avec une précision quasi-identique à celle déjà effective pour des galaxies beaucoup plus proches. L’enjeu est de mieux comprendre les mécanismes de formation d’étoiles dans ces objets. En regardant loin dans le passé, à une époque où le Soleil et la Terre n’existaient pas encore, les scientifiques espèrent résoudre l’entêtante énigme de l’origine des galaxies. Les premiers résultats suggèrent que les fusions de galaxies pourraient avoir joué un rôle décisif.
Pendant des décennies, les galaxies distantes qui ont émis leur lumière il y a 6 milliards d’années, la moitié environ de l’âge actuel du cosmos, ne sont restées rien de plus que de minuscules petites taches sur le ciel. Après le lancement du télescope spatial Hubble au début des années 1990, les astronomes ont d’abord obtenu des images très précises de ces objets éloignés, ce qui leur a permis de commencer à analyser leur structure avec beaucoup plus de détails. Dans chacune de ces galaxies, le spectrographe FLAMES/GIRAFFE du VLT [1] permet maintenant d’obtenir simultanément plusieurs enregistrement de la composition en longueur d’ondes (spectres) du rayonnement issu de minuscules régions distinctes. Ceci permet en retour de bien comprendre également le mouvement du gaz [2], fournissant ainsi une « troisième dimension » d’observation bien utile pour étudier ces objets. Cette vision, unique, des galaxies distantes permet de construire des modèles presque aussi précis que ceux que l’on applique pour des objets beaucoup plus proches, et donc observés en détails. L’équipe a entrepris la tache herculéenne de reconstituer l’histoire d’une centaine de galaxies lointaines observées à la fois par le télescope spatial Hubble et le spectrographe GIRAFFE au VLT. Des premiers résultats ont été obtenus pour trois d’entre elles et ils délivrent déjà des informations inédites sur la manière dont ces objets se sont formés puis ont évolués.

- Figure 1 : Images du Hubble Space Telescope des 3 galaxies étudiées par l’équipe à une époque d’environ la moitié de l’âge de l’Univers (en haut). Les mêmes galaxies ont ensuite été observées avec FLAMES/GIRAFFE sur le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO (en bas), pour obtenir leur cinématique. Cliquer sur l’image pour l’agrandir
Dans la première de ces galaxies, GIRAFFE a détecté une région remplie de gaz chaud ionisé, c’est-à-dire composé d’atomes auxquels un ou deux électrons ont été arrachés, ce qui est habituellement dû à la présence d’étoiles jeunes et chaudes dans le voisinage. En revanche, contre toute attente, après avoir observé la même région du ciel pendant plus de onze jours, le télescope Hubble n’a pu détecter aucune étoile dans cette région ! La comparaison avec des simulations numériques suggère que l’explication pourrait venir d’une collision préalable entre deux galaxies spirales riches en gaz. Les chocs produits sont capables de ioniser le gaz, le rendant trop chaud pour former des étoiles. La galaxie observée aujourd’hui serait le résultat de cette rencontre. Dans la deuxième galaxie, les astronomes ont détecté une région centrale de couleur bleue enfouie dans un disque beaucoup plus rouge, presque complètement cachée par la poussière absorbante. Des modèles indiquent que le gaz et les étoiles de cette région bleue tombent rapidement en spirale vers le centre. Ce serait le premier exemple connu d’un disque de galaxie qui se reconstruit à la suite d’une fusion « majeure » entre deux galaxies de masse similaire [3]. Enfin, dans la troisième galaxie, les astronomes ont identifié une structure centrale très inhabituelle, constituée d’une barre extrêmement bleue composée d’étoiles particulièrement jeunes et massives, ce qui est très rare parmi les galaxies proches. En comparant à nouveau avec des simulations, les astronomes ont trouvé que les propriétés de cet objet étaient bien reproduites par une collision entre deux galaxies de masses distinctes. La combinaison unique du télescope spatial Hubble et de GIRAFFE au VLT rend désormais possible de décrire finement les galaxies distantes et de parvenir ainsi à un consensus sur le rôle crucial que les collisions ont pu jouer dans la formation de ces objets. C’est parce qu’ils ont accès aux mouvements du gaz -la troisième dimension fournie par le spectrographe GIRAFFE- que les astronomes sont capables de retrouver la masse et les orbites des objets préexistants : leurs progéniteurs. Les astronomes sont actuellement en train d’étendre leur analyse à l’ensemble de l’échantillon observé. L’étape suivante sera de comparer les résultats complets avec les caractéristiques mesurées des galaxies proches et de construire ainsi une vision véritablement cohérente de l’évolution des galaxies au cours des 6 derniers milliards d’années, presque la moitié de l’age de l’Univers. Références Ces résultats font l’objet de publications dans la revue Astronomy & Astrophysics : A forming disk at z 0.6 : Collapse of a gaseous disk or major merger remnant ? Puech et al. 2009, A&A, 493,899 A giant bar induced by a merger event at z=0.4 ? Peirani et al. 2009, A&A, in press A forming, dust-enshrouded disk at z=0.43 : the first example of a late type disk rebuilt after a major merger ? Hammer et al. 2009, A&A, in press L’équipe est composée de F. Hammer, H. Flores, M. Puech, Y. Yang, M. Rodrigues, et B. Neichel (Observatoire de Paris, France, CNRS-INSU), L. Anathassoula (LAM, France), et S. Peirani (Institut d’Astrophysique de Paris, France). Les observations ont été obtenues dans le cadre du « large programme » IMAGES de l’ESO. Le spectrographe FLAMES/GIRAFFE a été construit par l’Observatoire de Paris . GEPI avec le soutien du CNRS et de l’INSU.
Contact Francois Hammer (Observatoire de Paris, GEPI, CNRS)
Mathieu Puech (Observatoire de Paris, GEPI, CNRS)
Dernière modification le 22 février 2013
Dans la même rubrique
- Une nouvelle fenêtre pour l’observation de la croissance des grains interstellaires dans les nuages moléculaires
- A new window for the observation of dust growth in molecular clouds
- Une nouvelle fenêtre pour l’observation de la croissance des grains interstellaires dans les nuages moléculaires
- A new window for the observation of dust growth in molecular clouds
- A multifaceted astronomical dictionary
- Un dictionnaire astronomique à multiples facettes
- A multifaceted astronomical dictionary
- Un dictionnaire astronomique à multiples facettes
- La galaxie d’Andromède vue comme jamais, à 21 cm de longueur d’onde
- The Andromeda galaxy seen as never, at the 21-cm wavelength
- La galaxie d’Andromède vue comme jamais, à 21 cm de longueur d’onde
- The Andromeda galaxy seen as never, at the 21-cm wavelength
- Une population de galaxies elliptiques compactes détectées avec l’Observatoire Virtuel
- A population of compact elliptical galaxies detected with the Virtual Observatory
- Une population de galaxies elliptiques compactes détectées avec l’Observatoire Virtuel
- A population of compact elliptical galaxies detected with the Virtual Observatory
- Première lumière pour le satellite Planck
- First light for Planck
- Première lumière pour le satellite Planck
- First light for Planck
- Première preuve de l’existence d’une exoplanète rocheuse
- First Solid Evidence for a Rocky Exoplanet
- Première preuve de l’existence d’une exoplanète rocheuse
- First Solid Evidence for a Rocky Exoplanet
- Andromède, la cannibale
- Andromeda, the cannibal
- Andromède, la cannibale
- Andromeda, the cannibal
- Des images de Bételgeuse d’une précision sans précédent révèlent comment les supergéantes perdent leur masse
- Fermi dévoile différentes populations de pulsars gamma
- Fermi reveals various populations of gamma-ray pulsars
- Fermi dévoile différentes populations de pulsars gamma
- Fermi reveals various populations of gamma-ray pulsars
- Des oscillations de type solaire sont détectées sur une étoile massive par le satellite CoRoT*
- Solar-like oscillations have been discovered in a massive star by CoRoT
- Des oscillations de type solaire sont détectées sur une étoile massive par le satellite CoRoT*
- Solar-like oscillations have been discovered in a massive star by CoRoT
- Io proche de l’équilibre thermique
- Io close to thermal equilibrium
- Io proche de l’équilibre thermique
- Io close to thermal equilibrium
- Une nouvelle explication de la corrélation entre planètes géantes et métallicité des étoiles
- A new interpretation of the giant planet-metallicity correlation
- Une nouvelle explication de la corrélation entre planètes géantes et métallicité des étoiles
- A new interpretation of the giant planet-metallicity correlation
- Mercure, Mars, Vénus, la Terre : le choc des planètes !
- Mercury, Mars, Venus and the Earth : when worlds collide !
- Mercure, Mars, Vénus, la Terre : le choc des planètes !
- Mercury, Mars, Venus and the Earth : when worlds collide !
- Médaille d’argent pour le projet européen « Hands-On Universe »
- Silver medal for the European project « Hands-On Universe »
- Médaille d’argent pour le projet européen « Hands-On Universe »
- Silver medal for the European project « Hands-On Universe »
- CoRoT détecte des modes d’oscillations non radiaux à longue durée de vie dans des étoiles géantes
- CoRoT detects non radial modes with long lifetimes in giant stars
- CoRoT détecte des modes d’oscillations non radiaux à longue durée de vie dans des étoiles géantes
- CoRoT detects non radial modes with long lifetimes in giant stars
- Découverte d’une barre lente dans une galaxie spirale
- Discovery of a slow bar in a spiral galaxy
- Découverte d’une barre lente dans une galaxie spirale
- Discovery of a slow bar in a spiral galaxy
- Le vent solaire est la cause du vieillissement éclair des astéroïdes
- The solar wind is the cause of rapid ageing of the asteroids
- Le vent solaire est la cause du vieillissement éclair des astéroïdes
- The solar wind is the cause of rapid ageing of the asteroids
- Un arpentage de galaxies cartographie où la matière se cache
- Galaxy survey maps where matter lurks
- Un arpentage de galaxies cartographie où la matière se cache
- Galaxy survey maps where matter lurks
- L’astéroïde 2009 DD45 frôle la Terre
- Paris Astronomers "Catch" Passing Asteroid
- L’astéroïde 2009 DD45 frôle la Terre
- Paris Astronomers "Catch" Passing Asteroid
- La basse atmosphère de Pluton se dévoile
- Recovery of the fragments of a falling asteroid
- Récupération de fragments d’astéroïde percutant la Terre
- Des nanoparticules dans le vent solaire
- Nanoparticles in the solar wind
- Des nanoparticules dans le vent solaire
- Nanoparticles in the solar wind
- Des rayons gamma de très haute énergie en provenance de la radiogalaxie Centaurus A
- Very high energy gamma-rays from the radio galaxy Centaurus A
- Des rayons gamma de très haute énergie en provenance de la radiogalaxie Centaurus A
- Very high energy gamma-rays from the radio galaxy Centaurus A
- Des abondances stellaires à la théorie de la nucléosynthèse
- From stellar abundances to nucleosynthesis theory
- Des abondances stellaires à la théorie de la nucléosynthèse
- From stellar abundances to nucleosynthesis theory
- Recovery of the fragments of a falling asteroid
- Récupération de fragments d’astéroïde percutant la Terre
- Le destin tragique des planètes extrasolaires gazeuses
- The tragic destiny of the gaseous extrasolar planets
- Le destin tragique des planètes extrasolaires gazeuses
- The tragic destiny of the gaseous extrasolar planets
- Super-Terre en vue ! La plus petite planète extrasolaire jamais découverte
- Super-Earth found ! The smallest transiting extrasolar planet ever discovered
- Super-Terre en vue ! La plus petite planète extrasolaire jamais découverte
- Super-Earth found ! The smallest transiting extrasolar planet ever discovered
- De Titania aux gros objets transneptuniens : les occultations stellaires depuis le sol à la conquête du milliardième de pression atmosphérique
- From Titania to large trans-Neptunian objects : ground-based stellar occultations in the quest for the billionth of atmospheric pressure
- De Titania aux gros objets transneptuniens : les occultations stellaires depuis le sol à la conquête du milliardième de pression atmosphérique
- From Titania to large trans-Neptunian objects : ground-based stellar occultations in the quest for the billionth of atmospheric pressure

