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L'Observatoire de Paris, pendant les cent premières
années de son existence, est placé sous la tutelle de
l'Académie des sciences et, de ce fait, n'a ni directeur, ni
budget propre. Tout académicien astronome peut y venir
observer et aucune règle n'est instituée en ce qui
concerne le travail ; chacun doit solliciter des subsides pour l'achat
et l'entretien de son matériel d'observation, subsides
provenant soit de l'Académie, soit du Roi ou de quelque autre
mécène.
Il faut attendre 1771 pour que Louis XV attribue à
Cassini de Thury
le titre de Directeur de l'Observatoire. Cette nomination
dépossédait l'Académie de ses prérogatives
mais, loin de susciter des récriminations, elle passa presque
inaperçue. C'est qu'en fait, depuis sa fondation,
l'Observatoire se trouvait sous l'autorité des Cassini, qui y
habitaient, le géraient et travaillaient avec une petite
équipe de leur choix. La plupart des autres astronomes de
l'Académie s'étaient créé des
observatoires particuliers, suffisamment équipés pour
leurs besoins. Quatre générations de Cassini se sont
ainsi succédé à la tête de l'Observatoire
de Paris depuis sa fondation en 1667 jusqu'à la
Révolution.
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La dynastie des Cassini
Véritable dynastie, puisque tels des souverains le nom de
chacun d'eux est suivi d'un numéro, les Cassini ont
contribué par leurs travaux et leurs découvertes au
progrès et au renom de la science astronomique et
géodésique française.
1671-1712: Cassini I
1712-1756: Cassini II
1756-1784: Cassini III
1784-1793: Cassini IV
Avec le dernier de ses cinq enfants, Alexandre Henri-Gabriel,
vicomte de Cassini (1781-1832), qui fut juriste et botaniste,
s'éteindra la branche française de la famille Cassini.
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L'observation astronomique
- Naissance de l'astrométrie
Les premiers objectifs astronomiques, lentilles simples de quelques
centimètres de diamètre, suffisaient à de
nombreux travaux; c'est ainsi que
Cassini, par exemple,
antérieurement à sa venue à Paris, avait pu
déterminer les durées de rotation de Jupiter, de Mars et
de Vénus.
Pour étendre l'exploration du ciel il va falloir des objectifs
plus grands, et par là même de grande longueur focale: un
verre simple donne une image irisée, qui n'est acceptable que
si le faisceau est très délié.
D'où ces «lunettes sans tuyau» qu'illustrent les
gravures, dont l'objectif est une lentille pouvant atteindre 15
centimètres de diamètre; il est monté dans une
carcasse en bambou de 30 ou 35 mètres suspendue à un
échafaudage, ou alors placé sur un toit ou une tour
cependant que l'observateur, au sol, recherche l'image dans un
oculaire tenu à la main. Seuls Huygens ou
Cassini savent
utiliser ces dispositifs, avec lesquels ce dernier peut
découvrir les deuxième et troisième satellites de
Saturne en 1671 et 1672 (le premier ayant été
découvert par Huygens en 1655), la division de l'anneau de
Saturne (qui porte son nom), et deux autres satellites de la
planète en 1684.
Avec un instrument plus petit mais d'emploi plus aisé,
Cassini
s'attacha à observer la surface lunaire; il dessina une grande
Carte de la Lune, présentée en 1679 à
l'Académie, et qui resta sans rivale jusqu'à
l'apparition de la photographie au XIX° siècle.
Dans le temps même de la construction de l'Observatoire un autre
domaine s'ouvre aux recherches: celui des mesures précises des
positions des astres, appelé plus tard
astrométrie. Est-ce pour les besoins propres de
l'astronomie, ou pour le rôle de ces mesures pour la topographie
- Colbert a marqué dès 1663 son désir de voir
améliorer les cartes du royaume, toujours est-il que c'est en
1667 que Picard et Auzout construisent le premier quart-de-cercle muni
d'une lunette, celle-ci étant pourvue d'un micromètre,
inventé à cette occasion et dont les principes sont ceux
des micromètres qui équipent aujourd'hui les instruments
d'optique. On peut désormais mesurer les hauteurs des astres,
et les latitudes, à quelques secondes de degré
près.
Les astronomes de l'Observatoire disposent bientôt de bons
quarts-dcercle (ou de sextants) soigneusement
contrôlés. A l'aide de pendules marquant la seconde ou
même la demi-seconde, et «tenant la seconde» en 24
heures, ils peuvent maintenant observer le temps des passages des
astres, notamment dans le plan méridien. On entreprend de
longues séries d'observations, quasi ininterrompues; les
mesures faites par
Cassini I
et ses successeurs pour le Soleil, la
Lune et les planètes demeurent utiles pour la construction des
Tables de ces astres sur la base des théories actuelles. Le
diamètre du Soleil étant soupçonné
aujourd'hui de microfluctuations, un regain d'intérêt
s'attache aux nombreuses mesures qu'en avait fait Picard; celui-ci a
aussi introduit la méthode de détermination des
ascensions droites des étoiles par l'observation de leur
passage au méridien.
On peut créditer
Cassini II de
l'obtention d'un résultat fondamental: la détermination
du mouvement propre d'Arcturus, qu'il obtient en 1738 en comparant des
observations récentes aux observations anciennes. C'est
apparemment la première détermination d'un mouvement
propre stellaire à la fois significative et conforme à
la valeur qu'il a réellement: il était désormais
établi que l'univers stellaire n'est pas immuable, et que les
«étoiles fixes » ne méritent pas
rigoureusement ce qualificatif.
C'est essentiellement par son apport à la
géodésie que l'astronomie se développera en
France; pour l'astronomie, le flambeau sera repris en Angleterre. On
notera cependant que, jusqu'au milieu du XIX° siècle, la
plupart des instruments utilisés par les astronomes seront
munis des dispositifs imaginés par Picard et même, bien
souvent, ils ne seront que des imitations, fidèles dans leurs
moindres détails, des instruments conçus, décrits
et mis en oeuvre par celui-ci.
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Les satellites de Jupiter et la
vitesse finie de la lumière
En 1664, deux opticiens, Campani et Divini, offrent à J.D.
Cassini
(alors en Italie) des objectifs d'excellente qualité.
Bien que très délicats à utiliser, ces
instruments de grande focale sont très précis pour
l'époque, Cassini
sait les employer avec une rare
habileté. C'est ainsi qu'il observe les planètes, et
notamment Jupiter; sur la surface de celui-ci il détecte les
ombres portées de certains de ses satellites. Des
polémiques suivirent cette découverte; certains
astronomes pensaient qu'il ne s'agissait que des taches sur Jupiter.
Cela ne fit qu'inciter
Cassini
à poursuivre avec acharnement
ses observations de satellites; en 1668 il publie ses Ephemerides
Bononienses mediceorum siderum, qui contiennent les Tables du
mouvement des satellites et les éphémérides de
toutes les éclipses des satellites année par
année.
Or Galilée, qui avait découvert ces satellites en 1610,
avait compris que le phénomène de leurs éclipses
pouvait être un bon indicateur de temps puisque l'instant du
phénomène est indépendant du lieu d'observation.
Il y avait là un moyen de déterminer les longitudes
aussi bien sur terre que sur mer et cela intéressait tout le
monde, navigateurs, astronomes, géographes. Il fallait pouvoir
disposer d'éphémérides fournissant de
façon précise les instants de ces
phénomènes. Les Tables de
Cassini furent donc
accueillies avec faveur et d'ailleurs, par le surcroît de
renommée qu'elles procurèrent à leur auteur,
elles ne sont pas étrangères au fait que Colbert ait
appelé celui-ci en France; elles furent abondamment
utilisées jusqu'en 1693, date à laquelle
Cassini en
publia d'autres encore plus précises.
Les Tables de 1668 ont eu un rôle majeur dans l'histoire des
sciences: elles ont conduit à la découverte de la
vitesse finie de la lumière par Römer. Y a-t-il une
propagation de la lumière, comme pour le son, ou s'agit-il d'un
phénomène instantané par nature? On en discutait
depuis l'Antiquité, mais aucune mesure n'avait permis jusqu'ici
de déceler le «mouvement successif» de la
lumière.
Olaüs Römer, astronome danois de vingt-sept ans, avait
aidé Picard lorsque celui-ci se trouva à Uranibourg, en
1671, pour y déterminer, par l'observation dcs éclipscs
des satellites de Jupiter, la différence de longitude entre
l'Observatoire de Paris et l'Observatoire de Tycho Brahé
(observatoire d'ailleurs disparu à cette époque).
Picard, qui avait su estimer le jeune Römer, le ramena en France
au cours de l'été 1672. Ils furent tous deux
logés à l'observatoire de Paris dès leur
arrivée. Römer prit une part très active aux
travaux de l'Académie royale des sciences, où il fut
bientôt admis.
Avec
J.D. Cassini,
il étudia les observations des satellites de
Jupiter et ils constatèrent une inégalité dans le
mouvement du premier satellite: suivant la position de Jupiter par
rapport à la Terre, les émersions hors de l'ombre (ou
les immersions) que l'on observait pour ce satellite retardaient ou
avançaient régulièrement sur le calcul.
Cassini
expliqua tout d'abord cette différence par le fait que «la
lumière emploie quelque temps à venir du satellite
jusqu'à nous; et qu'elle met environ dix ou onze minutes pour
parcourir un espace égal au demi-diamètre de l'orbite
terrestre». Mais
Cassini
abandonna semblt-il cette idée
puisque c'est Römer qui reprend l'explication de
Cassini et qui
annonce à l'Académie en septembre 1676 que
l'éclipse du premier satellite prévue pour le 9 novembre
suivant se produirait avec exactement 10 minutes de retard; fait qui
fut confirmé par l'observation. D'ailleurs, aux séances
suivantes de l'Académie,
Cassini
présente des objections
et le Journal des Sçavans du 7 décembre 1676, qui
annonce la découverte de Römer, n'y associe pas
Cassini.
S'il fallut attendre 1728, et la détection par Bradley de
l'aberration des fixes, pour que la découverte de Römer
soit universellement reconnue, cellci n'en bénéficia
pas moins d'un grand retentissement, pour la gloire de son auteur
comme pour celle de l'Observatoire, alors à peine
achevé.
On notera qu'il ne s'était pas agi de déterminer la
valeur de la vitesse de la lumière, ce qui aurait
demandé la connaissance de la distance Soleil-Terre: alors que
les valeurs obtenues pour cellci variaient à l'époque
du simple au double, la mesure de l'aberration solaire qu'avait faite
Römer grâce aux Tables de
Cassini était exacte
à 10 pour 100 près.
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Naissance de la
géodésie
La géodésie est une science qui s'est constituée
essentiellement sur la base des travaux des astronomes français
menés entre 1668 et 1784, et l'Observatoire de Paris y a une
part directe par la présence de ses astronomes dans la
préparation et l'exécution des travaux, par la
conception et le contrôle des instruments, par
l'entraînement du personnel appelé à y participer.
A l'origine se place un plan de travail proposé par les quatre
astronomes de l'Académie: mesure d'un degré de
méridien; carte détaillée de la région
parisienne; carte des côtes. Le premier de ces objectifs
fournira la valeur du rayon terrestre, nécessaire à la
fois pour l'astronomie et pour l'établissement des cartes; sur
le terrain, l'opération laissera une chaîne de
référence. A cellci sera rattachée la
«carte détaillée», devant servir
d'épreuve pour les cartes ultérieures. La carte des
côtes aura un double rôle: pour la navigation, et pour
tracer le pourtour maritime de la France, fort mal défini
jusqulà.
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Degré de Picard
L'Académie chargea Picard de l'opération. Les limites
de son arc étaient Malvoisine, au sud de Pais, à 6 km de
La Ferté-Alais, et Sourdon, à 20 km au sud d'Amiens. La
base principale, de 11 km, s'étendait entre Villejuif et
Juvisy; elle fut mesurée par arpentage, à l'aide de deux
tiges de bois de 8 m. Pour la triangulation, Picard employa un
quart-dcercle à deux lunettes à micromètre,
monté horizontalement, dont le limbe avait 38 pouces (102 cm)
de rayon. Pour la détermination astronomique des latitudes, il
fit réaliser un secteur de 10 pieds (325 cm) de rayon, de court
angle au centre (18°), et il mesura aux stations de Sourdon et de
Malvoisine la distance zénithale d'une même
étoile.
Picard effectua le travail en 1669 et 1670, au cours de voyages d'une
ou plusieurs semaines, mais sans abandonner ses observations à
Paris. Les trente et une pages de sa Mesure de la Terre
(1671), où il décrit son matériel et expose son
travail, forment à la fois la base et la charte de la
géodésie et de l'astronomie de précision. La
valeur du degré de méridien obtenue par Picard (1) ne
parvint à la connaissance de Newton qu'en 1684; elle levait un
sérieux obstacle que la loi de la gravitation universelle
rencontrait jusqulà dans sa justification numérique.
(1) Cette valeur, de 57060 toises, correspond à
111 092 mètres; la valeur réelle, à la latitude
moyenne entre Paris et Amiens, est de 111 220 mètres.
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Les premières cartes géodésiques
La Carte particulière des environs de Paris,
levée sur le terrain par l'ingénieur Vivier à
partir de 1669, est gravée sur cuivre, et publiée en
1678. Elle est rattachée au méridien de Picard: c'est
donc la toute première carte géodésique.
Cependant, comme c'était un essai, on ne l'a pas graduée
en coordonnées géographiques (longitude et latitude).
Noter que le facteur d'échelle de cette carte, 1/86 400 (une
«ligne» par 100 toises), ne doit rien au fait que le jour
contient 86400 secondes; coïncidence fortuite, en relation avec
les divisions sexagésimaies ou duodécimales des
unités.
La Carte de France corrigée par ordre du Roy est
fondée sur les déterminations astronomiques que
Cassini,
Picard et La Hire effectuèrent en de nombreux lieux et
notamment, entre 1676 et 1681, en Bretagne, en Gascogne et en
Normandie. Elle fut publiée par La Hire en 1693 avec
surimpression de la meilleure des cartes antérieures, ce qui
mettait en évidence des modifications considérables: en
particulier l'écart de longitude entre Paris et Brest, obtenu
par observations d'éclipses de satellites de Jupiter,
s'abaissait à 6°54' au lieu de 8°10'. La surface du
royaume se trouvait réduite d'un cinquième et,
l'apprenant en 1682, Louis XIV se serait plu à dire qu'il
était mal récompensé de la sollicitude qu'il
portait à ses astronomes.
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La mesure de la
méridienne
(1683-1739) - L'aplatissement terrestre
En 1681, un an avant sa mort, Picard avait défini un plan de
travail pour la construction d'une carte complète de la France:
prolonger son arc de 1° à travers tout le royaume du nord
au sud, et y rattacher par triangulation le reste du territoire.
L'arc nord-sud présentait un intérêt scientifique
particulier: on pouvait espérer en détecter la figure de
la Terre selon que la méridienne mesurée, portion d'une
section de la Terre par un plan passant par les pôles, aurait
exactement ou non la forme d'un arc de cercle. Le problème
était posé depuis que Richer, en mission à
Cayenne en 1672, avait observé que la longueur du pendule
battant la seconde y était moins grande qu'à Pais. Il
pensait que cela pouvait être expliqué par un
aplatissement terrestre alors que
Cassini, qui croyait en la
sphéricité de la Terre, pensait que ce
phénomène était dû à une
différence de température. Or peu après
apparaissait la théorie de Newton, et sa gravitation
universelle entraînait l'aplatissement de la Terre; d'où
l'importance du sujet dans la controverse entre cartésiens et
newtoniens.
J.D. Cassini
avait obtenu du Roi et de Colbert, en 1683,
l'agrément pour le plan de travail de Picard, mais la mort de
Colbert, suivie dès l'année suivante de
difficultés de trésorerie, interrompit
l'opération à peine commencée. Elle ne put
reprendre qu'en août 1700.
La comparaison de la mesure de l'arc Paris-Perpignan, faite par
J.D. Cassini et son
fils, et
de celle de l'arc au nord de Paris, faite par
La Hire, fit croire à un allongement de la Terre vers le
pôle. L'effet se maintint lors de l'achèvement de la
méridienne jusqu'à Dunkerque en 1718: l'arc nord de
2° avait une courbure plus forte que l'arc sud de 6°. Le
mémoire de
Cassini II, De la
Grandeur et de la Figure de la Terre (1722), justement
célèbre par son exposé des principes de la
triangulation géodésique, vint ainsi à l'appui
des adversaires de la théorie newtonienne.
Mais cette dernière gagne du terrain sur le continent et, pour
élucider ce problème de la forme de la Terre,
l'Académie décide d'organiser deux expéditions,
l'une au Pérou en 1735, l'autre en Laponie en 1736, pour
mesurer un arc de méridien sous des latitudes nettement
différentes. Au retour de l'expédition de Laponie, fin
août 1737, la courbure plus faible qu'à la latitude de
Paris permettait apparemment de trancher en faveur de l'aplatissement.
La cause fut entendue dès ce moment, et la théorie de
Newton admise sans réserve. En réalité, compte
tenu de l'accumulation des mesures et de la faible différence
à détecter, même les résultats de
l'ensemble des deux expéditions ne pouvaient fournir, à
l'époque, une preuve formelle de l'aplatissement; à plus
forte raison, ce qu'on avait cru déduire de la seule
méridienne de France n'était pas justifié - tout
cela n'est apparu que plus tard, lorsque la théorie des
probabilités eut permis de fonder celle des calculs d'erreurs.
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La Carte de France, dite des Cassini (1756-1790)
Le plan que Picard avait dressé en 1681 s'élaborait
lentement. Avant l'achèvement de la méridienne,
Cassini II aidé de son
fils
avait mesuré un arc perpendiculaire
à cellci, de Brest à Strasbourg. Au terme de ces
travaux la France était couverte d'un réseau de
près de huit cents triangles reliant les villes principales.
Dès lors la cartographie scientifique était possible.
Au cours de la campagne de Flandre, Louis XV demanda à
Cassini III
de lever le plan du pays occupé par les armées. La
carte détaillée que
Cassini
présenta au Roi
l'émerveilla tellement qu'il demanda qu'on entreprît la
carte du Royaume.
En 1750, une somme annuelle de 40 000 livres est
débloquée pour cette grande opération. La carte
géodésique, au 1/86 400, devait comprendre cent
quatrvingt-deux feuilles. Il ne suffisait plus que de mesurer de
petits triangles appuyés sur les grands pour obtenir un canevas
général. Toute ville, tout clocher, pouvait alors
être déterminé géométriquement. Ce
travail serait confié à des ingénieurs qu'il
faudrait évidemment former. Il fallait aussi faire faire des
instruments précis, graphomètres à lunettes
notamment, former des graveurs, fonder une imprimerie. La
première année est employée aux
préparatifs et, en 1752, le travail démarre bien. Mais
en 1755, veille de la guerre de Sept Ans, les subsides sont suspendus.
Cassini III
conçoit alors le projet de créer une
association privée: il recueille cinquante associés
(parmi lesquels figurent le Roi et Madame de Pompadour). Le Roi
accorde à l'association le privilège de la vente
publique de la carte pendant trente ans; de plus les états
provinciaux, intéressés par cette carte, s'engagent
à fournir une aide financière.
Grâce à un travail surhumain,
Cassini III put triompher
de toutes les difficultés, aussi bien de gestion que
matérielles ou humaines. Il y eut, par exemple, des rapports
plus que difficiles parfois avec la population, qui regardait d'un
oeil hostile les ingénieurs venir dans les clochers ou monter
de grands échafaudages. Pourtant, à la mort de
Cassini III
en 1784, il ne restait plus que deux feuilles de la Bretagne
à terminer. C'est son
fils
qui achève la carte de
France et la présente à l'Assemblée constituante
en 1790.
En septembre 1793, sans s'embarrasser de scrupules juridiques, la
Convention confisque la carte de France et fait tout transporter au
dépôt de la guerre. L'ensemble deviendra
propriété de l'État. Les opérations de
même envergure n'ont été entreprises à
l'étranger qu'au siècle suivant, et sur les
méthodes mises au point par les Cassini.
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Page écrite par S. Débarbat, S. Grillot, J. Lévy
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