Depuis le bord de l'abîme...
Premier message reçu de la frontière du trou noir
au centre de notre Galaxie
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Une équipe
internationale conduite par l'Institut Max Planck et comprenant
deux chercheurs de l'Observatoire de Paris, a pu observer dans le domaine
infrarouge des flashs lumineux provenant de l'environnement du trou
noir super massif se situant au centre de notre Galaxie. Ces flashs
évoluent très rapidement dans le temps et proviendraient
du gaz chaud tombant dans le trou noir, juste avant son absorption
définitive par le « monstre ». Ces résultats
ont été obtenus avec l'instrument NAOS-CONICA
(NACO)
installé sur le Very Large Telescope de l'ESO et sont
publiés dans la revue Nature du
30/10/03.
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Figure 1.
A quelques minutes près, un
flash lumineux apparait (ici à 1.62 µm de longueur d'onde)
puis disparait à l'endroit
exact où git un trou noir au centre de notre Galaxie. (voir
aussi l'animation mpeg, 136 kB)
(S2 est l'etoile orbitant
autour du trou noir qui a récemment permis d'en
estimer
la masse).
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l'image pour l'agrandir.
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«
Que fait cette étoile ici ? »
s'exclame Rainer Schödel de l'Institut Max Planck, tandis qu'il observe le centre de
la Voie Lactée le 9 mai de cette année, avec Reinhard
Genzel, responsable de l'équipe. Quelques minutes plus tard,
l'étoile disparait ! L'équipe vient d'observer, pour la
première fois, un flash très puissant dans le domaine
infrarouge (1.62 µm) à l'endroit exact où l'on situe
le
trou noir super massif présent au
centre de notre Galaxie. «
Nous
avons cherché l'émission infrarouge du trou noir pendant
des années » explique Andreas Eckart de
l'Université de Cologne, un autre membre de l'équipe.
«
Nous étions certains
que le trou noir doit accréter de la matière, qui durant
sa chute sur le trou noir chauffe et donc rayonne dans l'infrarouge
». Mais aucune radiation infrarouge n'avait été
trouvée jusqu'à présent. Cette importante
découverte est intervenue pendant que l'équipe observait,
avec l'instrumentation
NACO
(caméra infrarouge
CONICA
couplée au système
d'optique adaptative
NAOS
équipant le télescope
Yepun du VLT de
l'ESO), l'environnement
du trou noir.
L'analyse des données
révèle que l'émission infrarouge provient d'une
zone extrêmement proche du trou noir central, de l'ordre de la
taille du système solaire, et qu'elle varie très
rapidement en intensité sur des échelles de temps de
l'ordre de quelques minutes, prouvant ainsi que les signaux infrarouges
doivent venir d'une zone se situant juste à la frontière
délimitant le trou noir : l'horizon,
depuis l'intérieur
duquel aucun rayonnement ne peut s'échapper. La
variabilité rapide observée dans toutes les
données obtenues par l'équipe indique clairement que la
région autour de l'horizon a des propriétés
chaotiques comme celles que l'on peut voir dans les orages ou les
éruptions solaires.
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Figure 2.
Courbes de lumière du flash
lumineux (couleur bleue) dans les filtres
H (1,65 µm), K (2,2 µm), L'(3,8 µm) et d'une
étoile de réference (couleur rouge).
Durant les observations de juin 2003 (courbes du haut), une
période de 16,8 +/- 2 mn est observée.
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l'image pour l'agrandir.
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« Nos données nous
donnent pour la
première fois des informations sur ce qui arrive
précisément à l'extérieur de l'horizon du
trou noir et nous permettront d'évaluer les prédictions de
la Relativité Générale » explique
Daniel Rouan, un membre de l'équipe appartenant à
l'Observatoire de Paris. Le résultat le plus saisissant est une
périodicité apparente de 17 minutes dans les courbes de
lumière de deux des flashs détectés. Si cette
périodicité est due au mouvement du gaz orbitant autour
du trou noir, la conclusion inévitable est que le trou noir doit
tourner rapidement.
Reinhard Genzel, qui a conduit les
travaux de l'équipe, ajoute : « C'est une découverte majeure. La
théorie nous dit qu'un trou noir en rotation n'est
caractérisé que par trois paramètres : sa masse,
sa vitesse de rotation et sa charge électrique. L'année
dernière nous
avons été capables de déterminer sans
équivoque l'existence et la masse du trou noir au centre de
notre Galaxie qui est de 3,7 (±1,5) 106 masses solaires. Si
notre hypothèse est correcte pour ce qui est de la
périodicité du gaz s'accrétant, nous pouvons
maintenant mesurer, pour la première fois, sa rotation. Celle-ci
pourrait être d'environ la moitié de la rotation maximale
que la Relativité Générale permet. L'ère de
l'observation de la physique des trous noirs a commencé
».
Référence:
R. Genzel, R, Shödel, T. Ott, A. Eckart, T. Alexander,
F. Lacombe, D. Rouan, B. Aschenbach:
"Near-IR Flares from Accreting Gas around the Supermassive Black Hole
in the Galactic Center", revue Nature du
30 Octobre 2003
ESO Press-Release
Un trou noir au centre de notre Galaxie
Contact
Daniel Rouan
(Observatoire de Paris, LESIA)
François
Lacombe (Observatoire de Paris, LESIA)