Pour la chasse aux exoplanètes, munissons-nous de deux échiquiers et d'un triangle
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Une équipe de l'Observatoire de Paris propose un nouveau concept instrumental qui pourrait simplifier les expériences spatiales du futur qui visent la détection directe d'exoplanètes en infrarouge moyen. L'originalité de ce concept est d'utiliser des miroirs en échiquier dont les cellules sont définies par des relations mathématiques peu courantes en optique.
La détection directe d'une exoplanète (c'est à dire une planète en dehors de notre système solaire) en orbite autour d'une étoile exige que la lumière de cette dernière soit presque totalement atténuée. La raison en est l'énorme différence d'éclat (106-10) entre l'étoile et la planète, ainsi que la très petite séparation angulaire (10-6 radians) entre les deux objets. Dans l'infrarouge moyen, une solution proposée par Bracewell1 dans le but d'y parvenir, est la mise en oeuvre d'un principe d'interférométrie annulante. On utilise au moins deux télescopes dont les faisceaux sont recombinés de façon cohérente mais non classique, de sorte que la lumière éblouissante de l'étoile est supprimée par interférence destructive, ce qui permet, en principe, de "voir" la planète en orbite. Le corollaire séduisant est une porte s'entrouvre vers la recherche de bio-signature par spectroscopie2.
Différentes méthodes ont été présentées en vue d'obtenir ce déphasage achromatique de π dans un large domaine de longueurs d'onde3 : elles font généralement appel à un interféromètre asymétrique et demandent plusieurs composants optiques parfois complexes à régler. Ici c'est une nouvelle solution4,5 qui est proposée, qui permet la symétrie complète et met en oeuvre un unique composant, en principe sans réglage : un double miroir en échiquier composé de cellules de différentes épaisseurs. C'est la distribution particulière des épaisseurs des cellules qui rend le déphasage de π quasi-achromatique sur un vaste domaine.
Entre toutes les distributions possibles des différentes épaisseurs, il en est une qui, étonnamment, permet en fait d'étendre cette propriété à des longueurs d'onde assez éloignées de λo. Cette distribution est étrangement fournie par le "triangle de Pascal", c'est-à-dire les termes du développement du polynôme (1+1)n. Chaque damier comporte alors 2n cellules. Dans cet assemblage, c'est une propriété d'égalité entre des sommes de puissances d'entiers pairs et impairs qui est mise en jeu. De telles relations, dites diophantiennes (du nom du mathématicien alexandrin Diophante, qui vécut vers le IIIe siècle de notre ère et qui a étudié des question de ce genre), apparaissent dans d'autres problèmes d'optique examinés par l'équipe6, qui propose de dénommer optique diophantienne ce rameau nouveau de l'optique.
Performances : L'équipe a développé un simulateur, entièrement analytique, pour prédire la performance des solutions.
Un composant de 8 × 16 cellules, avec un pas de la cellule de 600 μ m a été fabriqué par la société SILIOS-France en utilisant la technique de gravure par ions. Les deux masques (impair et pair) sont placés côte à côte.
Références
2. A. Léger, J. M. Mariotti, B. Mennesson, M. Ollivier, J. L. Puget, D. Rouan, J. Schneider,Could We Search for Primitive Life on Extrasolar Planets in the Near Future? , Icarus 123, pp. 249-255, 1996.doi:10.1006/icar.1996.01553. Y. Rabbia,7. http://spie.org/x19643.xml?highlight=x2418Nulling Interferometry: from the Bracewell scheme to the ESA-Darwin mission , EAS Publications Series 12, pp. 215-234, 2004.doi:10.1051/eas:2004035
Contact
Daniel Rouan (Observatoire de Paris, LESIA et CNRS)
Didier Pelat (Observatoire de Paris, LUTH, et CNRS)
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