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Le satellite Odin détecte H218O
dans la comète C/2002 C1 (Ikeya-Zhang)
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de C/2002 C1 (Ikeya-Zhang) le 11 mars, 2002
UT.Copyright ©2002 Michael Jager.
La
comète C/2002 C1 (Ikeya-Zhang)
La
comète C/2002 C1 (Ikeya-Zhang) a
promené sa chevelure dans notre ciel
de printemps. Découverte le 1er février
2002 par Kaoru Ikeya et Daqing Zhang, cette
comète était visible à
lil nu aux mois de mars et avril
2002. Avec une magnitude visuelle de 3 à
son maximum déclat fin mars,
cétait la comète la
plus brillante depuis le passage de la comète
Hale-Bopp en 1997.
Ikeya-Zhang
est passée au plus près du
Soleil le 19 mars, à une distance
de 0,507 UA (1 UA = 150 millions de km),
et au plus près de la Terre le 29
avril, à la distance de 0,405 UA.
On doit son éclat exceptionnel à
la conjonction de ces rapprochements ainsi
quà limportante quantité
de gaz et de poussières libérés
par son noyau. Avec une période autour
du Soleil de 360 ans environ, ce nest
pas la première fois que la comète
Ikeya-Zhang nous rend visite. Elle est sans
doute la comète de 1661 (C/1661 C1),
observée par J. Hevelius.
Pourquoi
observer la vapeur d'eau dans les comètes?
Suite
à sa découverte, les astronomes
se sont vite mobilisés pour étudier
les gaz et les poussières libérés
par cette comète. Les comètes
sont en effet riches denseignement
sur lorigine et la formation du Système
solaire. Composées à 80% deau,
les glaces des noyaux cométaires
renferment aussi toute une variété
de molécules qui tracent la composition
de la nébuleuse primitive au moment
de la formation des planétésimaux.
Notre connaissance actuelle des comètes
laisse soupçonner quune grande
partie de ces molécules
ont été formées dans
le nuage interstellaire primordial,
avant que celui ci ne seffondre pour
former le Système solaire.
Les
comètes étant des objets variables,
les mesures de composition basées
sur lobservation des composés
présents dans latmosphère
doivent être rapportées à
la quantité de molécules deau
libérées par le noyau. Leau
est toutefois impossible à observer
directement du sol, en raison de la vapeur
deau de l'atmosphère terrestre
qui absorbe les rayonnements venus de lespace.
Le plus souvent, le taux de production en
eau des comètes est déduit
de l'observation du radical OH. Ce radical
est produit par la dissociation de leau
sous linfluence des rayonnements UV
du Soleil. Lobservation des raies
à 18 cm de OH
dans les comètes est un des programmes-clés
du radiotélescope de Nançay.
Les
observations avec le satellite Odin

Odin
est un petit satellite construit par la
Suède (maître duvre),
en collaboration avec le Canada, la Finlande
et la France, et qui a été
lancé en février 2001. A vocation
astronomique et aéronomique, il permet
lobservation de plusieurs raies radio
de molécules inaccessibles du sol,
dont la raie fondamentale à 556,9
GHz (soit une longueur donde de 0,54
mm) de la molécule deau. Son
radiomètre est constitué dune
antenne de 1,1 m de diamètre, de
plusieurs récepteurs couvrant la
bande 480-580 GHz, et dun ensemble
de spectromètres (acousto-optique
et à autocorrélation). Le
spectromètre acousto-optique a été
développé sous la responsabilité
du CNES
par trois laboratoires du CNRS : le LAS
à Marseille, le CESR à Toulouse,
et lancien département ARPEGES
de lObservatoire de Paris.

Carte de la
distribution de brillance en H216O
obtenue le 21 avril 2002
Le lobe du radiotélescope a une largeur
de 2 minutes d'arc.
La carte a été obtenue en
6 heures d'intégration et une cinquantaine
de positions pointées dans le ciel,
en utilisant le spoectromètre acousto-optique.
Les iso-contours correspondent à
l'aire intégrée sous la raie
exprimée en K km/s.
Lobservation
de leau dans les comètes est
lun des thèmes principaux du
programme scientifique d'Odin. La sensibilité
de son radiomètre permet de détecter
leau dans des comètes faiblement
actives, et sa haute résolution spectrale
(correspondant à une résolution
en vitesse de 80 m/s avec les autocorrélateurs)
de mesurer le profil de la raie. La première
comète détectée avec
le satellite Odin a été la
comète C/2001 A2 (LINEAR), observée
de fin avril à début juillet
2001.
La
comète Ikeya-Zhang a été
observée du 21 au 29 avril 2002.
Une cartographie détaillée
de lémission de leau
à 557 GHz a été effectuée.
Lintensité de la raie au centre
de la carte a atteint 27 K km/s le 21 avril
(signal intégré sur le profil
de la raie), pour lentement diminuer au
cours des jours suivants alors que la comète
séloignait sensiblement du
Soleil. Ces observations ont permis destimer
la production en eau de la comète
à environ 2 x 1029 molécules
par seconde (soit 6 tonnes par seconde)
pendant la période dobservations.
Le profil de la raie, très précisément
mesuré, nous renseigne sur la vitesse
des molécules et sur leurs mécanismes
démission. On observe que le
centre de la raie est décalé
vers les vitesses positives, ce qui traduit
ici des effets dauto-absorption dans
latmosphère de la comète.
La
détection de H218O
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Spectres
de H216O (à
gauche) et de H218O
(à droite) obtenus avec les autocorrélateurs.
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La
forte activité de la comète
Ikeya-Zhang, combinée à une
distance rapprochée de la Terre,
autorisait à envisager un programme
d'observation un peu plus ambitieux pour
cette comète. Cest ainsi que
la variété isotopique de leau
H218O a été
recherchée et détectée
avec succès.
Loxygène
existe sous trois variétés
isotopiques stables: 16O, qui
est lisotope principal le plus abondant,
17O et 18O. Dans leau
terrestre, les rapports H216O/H218O
et H216O/H217O
sont dans les proportions 499 et 2681, respectivement.
Le rapport H216O/H218O
avait été mesuré in
situ dans la comète de Halley à
partir des spectromètres de masse
à bord de la sonde Giotto de lAgence
spatiale européenne. Cest la
première fois, avec Odin, quune
mesure spectroscopique peut être effectuée.
Le
spectre de la raie de H218O
à 547,7 GHz détectée
dans la comète Ikeya-Zhang a été
obtenu en 45 heures dobservation avec
le satellite ODIN, et un temps dintégration
effectif sur la comète de 28 heures.
La raie a été observée
en parallèle avec deux des quatre
récepteurs sub-millimétriques,
dont les fréquences centrales sont
549 et 555 GHz. Les sorties des récepteurs
étaient connectées aux auto-corrélateurs
à haute résolution et au spectromètre
acousto-optique. Le signal intégré
de la raie de H218O
dans la comète s'est révélé,
comme prévu, faible (0.24 K km/s).
La détection réussie démontre
lexcellente capacité de l'instrument
Odin, qu'il s'agisse de la sensibilité
des récepteurs, de la stabilité
du système ou de la qualité
du pointage du télescope.
La
mesure préliminaire du rapport H216O/H218O
dans la comète Ikeya-Zhang est en
accord avec celui trouvé dans les
océans terrestres (500), confirmant
les déterminations faites dans la
comète de Halley. Ce résultat
nétait pas inattendu. A peu
dexceptions près, tous les
corps du Système solaire présentent
un rapport quasi-terrestre. Des différences
pouvant atteindre au maximum 5% sont observées
dans les météorites. Ces variations
s'expliquent par la diversité des
sources de nucléo-synthèse
produisant 16O (des supernovae),
dans lenvironnement où le Soleil
sest formé.
Chercheurs
français impliqués
Alain
Lecacheux, LESIA, Observatoire de Paris,
alain.lecacheux@obspm.fr
Nicolas Biver, ESA ESTEC, nicolas.biver@obspm.fr
Jacques Crovisier, LESIA, Observatoire de
Paris
Dominique Bockelée-Morvan, LESIA,
Observatoire de Paris
Références:
A.
Lecacheux, "Comet C/2001 A2 (LINEAR)
IAU Circ 7706, 2001
A. Lecacheux, N. Biver, "Comet C/2002
C1 (Ikeya-Zhang) IAU Circ 7910, 2002
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