 |
|
 |
Vue du système des troyens de
Jupiter dans le
plan de l'écliptique. Patroclus fait partie du groupe des "grecs" associé au point
d'équilibre de Lagrange L5
(Crédits: IMCCE - Observatoire de Paris)
Cliquer sur l'image pour l'agrandir
|
|
Images du couple 617 Patroclus et
S/2001(617)1 Ménœtius prise au
télescope de l'Observatoire Keck à Hawaï équipé du système
LGS. Le plus gros des deux
corps Patroclus (et le plus brillant des deux) se trouve en haut à droite sur les
images (Crédit:
UC-Berkeley, W.M. Keck Observatory)
Cliquer sur l'image pour l'agrandir
|
L'astéroïde 617 Patroclus et son compagnon, découvert en 2001
[1],
S/2001 (617) 1 Ménœtius, dont le nom vient d'être approuvé par l'Union Astronomique Internationale en
référence au père du célèbre héros de la guerre de Troie Patroclus, appartiennent au groupe
des astéroïdes troyens de Jupiter, plus exactement ceux capturés dans la zone du point de Lagrange
stable L5. Ces deux corps célestes forment un véritable couple
orbitant l'un autour de l'autre en 4,28 jours ce qui
permet de déterminer leur masse. Ces objets situés à quelques 630 millions de kilomètres de la Terre
sont peu brillants et leur observation nécessite de corriger les images des turbulences
de l'atmosphère terrestre en
utilisant un système combiné d'optique adaptative et de tir laser sur les couches
supérieures de l'atmosphère.
Le télescope Keck II installé à Mauna Kea est équipé des meilleurs systèmes
d'optique adaptative
et tout particulièrement du système d'asservissement Laser Guide Star (LGS). L'observation répétée
sur plusieurs mois du compagnon au Keck a permis à une équipe internationale de
chercheurs de l'IMCCE à l'Observatoire
de Paris, de l'Université de Berkeley (États-Unis) et de l'Observatoire
Keck (États-Unis) d'en déterminer
l'orbite et par conséquent la masse et la densité.
Dans un article paru le 2 Février dans la revue
Nature, cette équipe de chercheurs
révèle que ces deux astéroïdes ont une densité étonnamment faible laissant à
penser qu'ils sont, ainsi que les comètes, constitués principalement de glace
[2]. En effet cette
découverte montre que ces corps partagent avec les comètes (inactives) non seulement des propriétés de
surface mais aussi des propriétés macroscopiques.
 |
 |
Orbite relative du couple Patroclus-Ménœtius. A
gauche, aux époques d'observations ; A droite, sur une période orbitale (Crédits:
IMCCE - Observatoire de Paris)
Cliquer sur l'image pour l'agrandir
|
La densité du couple ainsi révélée, d'une valeur d'environ
0,8 g/cm
3 donc plus léger que l'eau, tend à confirmer qu'ils seraient issus de la région froide
du système solaire au-delà de Saturne. Leur présence dans la zone des troyens de Jupiter serait le fruit
d'un jeu dynamique très complexe provoqué par la migration des planètes Jupiter et Saturne qui les aurait
d'abord décroché de leur disque lointain, il y a de cela environ quatre milliards d'années, pour
ensuite les injecter dans les régions internes du système solaire. Finalement ils auraient été
capturés par Jupiter dans les zones dynamiquement stables des troyens
[3]. Un système
binaire n'aurait certainement pas survécu à ce long périple et à ces perturbations. Il s'en suit que ce
système a très vraisemblablement été formé dans la phase finale de son voyage par effet de
marée ou bien encore
in-situ par collision.
Si cette découverte apporte des avancées sur l'origine de ces corps, elle permet aussi de soulever de nombreuses
questions. Quel est le scénario de formation de ce couple ? Est-il un cas particulier
ou bien existe-t-il d'autres
binaires parmi les troyens ? Tous les astéroïdes troyens observés actuellement sont-ils originaires de
ce disque primordial qui a, par la suite, donné naissance à la bande de Kuiper et partageraient ainsi les mêmes
caractéristiques que leurs cousins éloignés ?
Références
[1] Merline W., Close L. M., Siegler N., Potter D. (2001)
IAUc #7741.
[2] Marchis F., Hestroffer D., Descamps P., Berthier J. (2006) Nature
[3] Morbidelli A., Levinson H. F., Tsiganis K., Gomes R. (2005)
Nature 435, 462.
Équipe américaine
Franck Marchis, Imke de Pater, Michael Wong,
Department of Astronomy, University of
California at Berkeley
Antonin Bouchez, Randall Campbell, Jason ChinMarcos van Dam, Scott Hartman, Erik johansson, Robert Lafon,
David Le Mignant, Paul Stomski,
Doug Summers, Peter Wizinovich,
W.M. Keck Observatory