LES PULSARS ET LES BINAIRES X SONT-ILS DES ETOILES ETRANGES
?
Les pulsars, dont on connaît aujourd'hui plus d'un millier, sont
interprétés comme étant des étoiles à
neutrons en rotation. De même, l'objet compact qui accrète
le gaz de son compagnon dans une binaire X est interprété
comme une étoile à neutrons (sauf dans quelques cas où
l'on pense qu'il s'agit plutôt d'un trou noir). Une étoile
à neutrons est un objet très dense (une masse solaire dans
une sphère de 10 km de rayon !), la densité centrale étant
plusieurs fois supérieure à la densité dans le noyau
de l'atome, soit 1017 kg/m3. Or en 1984
le physicien E. Witten a émis
l'hypothèse que sous de telles conditions, l'état fondamental
de la matière n'était pas l'état hadronique que nous
connaissons (à savoir un mélange de quarks u et d, qui constituent
les protons et les neutrons), mais un état qualifié d'``étrange''
parce que comportant, en plus des quarks u et d, des quarks s (quarks
étranges).
Des chercheurs de l'Observatoire de Paris, en collaboration avec des
collègues du Centre Nicolas Copernic
de Varsovie, ont calculé des modèles théoriques
d'étoiles étranges en rotation rapide et ont cherché
les caractéristiques observables qui permettraient de les distinguer
des étoiles à neutrons ``standard'', dans le but de confirmer
ou d'infirmer l'hypothèse de Witten, et d'affiner par là
notre connaissance de l'interaction nucléaire forte.
Une différence qualitative importante trouvée entre les
étoiles à neutrons et les étoiles étranges
est qu'à l'extérieur des étoiles étranges,
il existe une dernière orbite stable même pour des
vitesses de rotation élevées. Cela signifie que toutes les
orbites autour de l'étoile ne sont pas stables: une orbite trop
proche est instable: une particle ne pourrait pas tourner autour de l'étoile
mais serait irrémédiablement accrétée par celle-ci.
Une telle région d'instabilité, déliminitée
par la dernière orbite stable, existe autour des étoiles
à neutrons en rotation lente. Mais lorsqu'elles tournent trop rapidement
les étoiles à neutrons ``enflent'' (force centrifuge) tant
et si bien qu'elles englobent la dernière orbite stable, qui disparaît
donc. L'existence d'une dernière orbite stable est généralement
attribuée au fort champ gravitationnel de ce type d'étoile,
qui nécessite d'être décrit par la Relativité
Générale. Mais les chercheurs de l'Observatoire de Paris
et leurs collègues polonais ont montré que, dans le cas des
étoiles étranges, une telle dernière orbite stable
existe même pour des masses très faibles, donc en régime
non relativiste. Cela est dû à l'aplatissement important des
étoiles étranges en rotation rapide et à leur grande
compacité.
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Coupe dans un plan méridional d'un modèle
d'étoile étrange de 1,6 masse solaire en rotation à
la fréquence de 1210 Hz (période 0,8 millisecondes).
La partie hachurée est la croûte
solide, qui est constituée de matière ordinaire. Ce modèle
a été obtenu en résolvant sur ordinateur les équations de
la Relativité Générale, dites équations d'Einstein.
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L'intérêt du calcul de la dernière orbite stable
réside dans le fait qu'elle fixe le bord intérieur d'un éventuel
disque d'accrétion autour de l'étoile. Or des observations
récentes du satellite Rossy X-ray
Timing Explorer d'oscillations quasi-périodiques dans les
binaires X peuvent être interprétées comme la signature
du bord intérieur du disque d'accrétion autour de l'objet
compact (étoile à neutrons ou étoile étrange).
L'accumulation de telles observations permettra sans doute de différencier
les étoiles à neutrons des étoiles étranges,
ce qui aura des répercussions importantes pour la physique de la
matière à très haute densité.
Références:
-
E. Gourgoulhon, P. Haensel, R. Livine, E. Paluch, S. Bonazzola, J.-A. Marck:
Fast rotation of strange stars, Astronomy
and Astrophysics 349, 851-862 (1999)
-
D. Gondek-Rosinska, T. Bulik, L. Zdunik, E. Gourgoulhon, S. Ray, J. Dey,
M. Dey : Rotating compact strange stars, Astronomy
and Astrophysics, 363, 1005-1012 (2000)
-
J.L. Zdunik, P. Haensel, D. Gondek-Rosinska, E. Gourgoulhon: Innermost
stable circular orbits around strange stars and kHz QPOs in low-mass X-ray
binaries, Astronomy
and Astrophysics, 356, 612-618 (2000)
-
J.L. Zdunik, E. Gourgoulhon: Small strange stars and marginally stable
orbit in Newtonian theory, Physical Review D, sous presse [preprint:
astro-ph/0011028]
-
J.L. Zdunik, P. Haensel, E. Gourgoulhon: The crust of rotating strange
quark stars, Astronomy and Astrophysics, soumis.
Contact: Eric
Gourgoulhon (Département d'Astrophysique Relativiste et de Cosmologie,
CNRS - Observatoire de Paris)