Depuis plusieurs années, les astronomes sont intrigués par les
galaxies compactes et lumineuses observées en grand nombre dans
l'Univers lointain. Elles sont naines par leurs tailles, et cependant
rayonnent de dix à cent fois plus d'énergie que les galaxies naines
observées dans l'Univers local. Il y a 7 milliards d'années, ces
galaxies étaient la population dominante, alors qu'elles sont
pratiquement absentes aujourd'hui. Cette évolution violente est
notamment responsable de la forte diminution de la formation stellaire
globale depuis 7 à 10 milliards d'années.
Une équipe d'astronomes l'Observatoire de Paris-Meudon (François Hammer
et Nicolas Gruel) et du CEA de Saclay (Hector Flores) en France,
de l'Université de Virginie (Trinh Xuan Thuan)
aux Etas-Unis et de l'Université Catholique (Leopoldo Infante) au Chili ont
observé ces galaxies avec le spectrographe FORS1 monté sur le
télescope ANTU de 8 mètres de diamètre, au Paranal (Chili). Ils
ont pu obtenir des spectres d'une qualité inégalée, détectant
pour la première fois dans des galaxies lointaines, des raies
importantes comme celles du fer et d'autres éléments.
Ces spectres révèlent la nature du contenu stellaire et gazeux des
galaxies compactes lumineuses. Elles contiennent d'une part des
étoiles vieilles de métallicité comparables ou supérieures à
celle de notre Soleil, c'est à dire des populations d'étoiles bien
évoluées que l'on trouve généralement dans le coeur des
galaxies massives. D'autre part elles sont le site d'une intense
formation stellaire, formant 40 fois plus d'étoiles que notre
Galaxie. L'analyse des spectres montre aussi que les galaxies
compactes lumineuses contiennent beaucoup de poussières, et qu'une
importante fraction de leur énergie est re-émise en infra-rouge,
ce qui est confirmé par la détection de plusieurs d'entre elles
par le satellite ISO. Ces galaxies déja évoluées sont en train
de former très rapidement de nouvelles générations
d'étoiles. La formation d'étoiles est provoquée par des
interactions entre une galaxie et sa voisine et même des
phénomènes de fusion entre deux galaxies qui sont révélés
par la remarquable qualité d'image du Télescope Spatial.
Ces observations corroborent de façon spectaculaire le scénario
dit "hiérarchique" de la formation des galaxies, pour lequel deux
galaxies se rencontrent pour en former une plus massive, le
phénomène de fusion entrainant une formation stellaire
intense. Les galaxies compactes montrent une diversité de
morphologies considérables, incluant des fusions entre galaxies,
jusqu'à des galaxies avec un bulbe très lumineux et un disque à
peine développé. L'équipe d'astronomes
à l'origine de cette découverte suggère que les galaxies compactes sont
les progéniteurs des bulbes de galaxies massives semblables à notre
Galaxie. Nous serions donc témoins d'une phase essentielle
de la formation des galaxies montrant que les étoiles constituant le bulbe
se forment avant celles, qui comme notre Soleil, forment le disque.
Ces intenses formations d'étoiles se sont produites il y a seulement 7
à 10 milliards d'années, la création d'une partie importante des
galaxies massives observées aujourd'hui seraient donc relativement
récentes.
Référence:
Hammer F., Gruel N., Thuan T.X., Flores H., Infante L.: 2000, Luminous
Compact Galaxies at Intermediate Redshifts: progenitors of bulges of
massive spirals?
Astrophysical J., accepted
astro-ph/0011218.
Contacts:
F. Hammer et
N. Gruel
DAEC, Obs. de Paris-Meudon