Le lithium est un des éléments (avec le deutérium)
formés essentiellement
au cours de la nucléosynthèse primordiale, quelques
minutes après le Big-Bang. Son abondance permet ainsi de déterminer
la quantité de baryons dans l'Univers. Il s'avère que
la densité de baryons déduite (ou sa valeur
normalisée à la
densité critique
pour fermer l'Univers)
est bien plus grande que celle qu'il nous
est permis de voir par rayonnement. Il est donc essentiel de contraindre
avec précision cette densité de baryons. Le travail récent
sur le VLT de l'ESO d'un consortium international dans
lequel participent plusieurs astronomes
de l'Observatoire de Paris, vient apporter confirmation de la constance
de l'abondance du lithium dans les étoiles, qui suggère
que l'abondance observée est bien proche de l'abondance primordiale,
et ainsi permet de raffiner la détermination de
.
Mais les vieilles étoiles sont pauvres en métaux, elles ont une structure (et une histoire) différente de celle du Soleil. Plusieurs théories ont proposé dans le passé que l'abondance initiale du lithium (celle du Big Bang) dans ces vieilles étoiles était diminuée de 90% au cours du temps. Il aurait alors fallu multiplier par 10 l'abondance observée pour obtenir l'abondance du big bang. Cependant la diminution calculée varie en fonction de la température effective, de la masse, de la métallicité, de la rotation de l'étoile, de sorte qu'on devrait alors observer une forte dispersion des abondances de lithium restantes, mais cette dipersion n'est pas observée.
Les théories actuelles prédisent une diminution plus faible, et par conséquent une dispersion plus faible. Les mesures ne sont pas parfaites, et donnent une faible dispersion due aux erreurs. Il devient difficile de distinguer ce qui revient aux erreurs de mesure ou aux variations d'éventuels processus de diminution.
Figure 1.
Observation de la raie de lithium dans 5 étoiles de l'amas globulaire
NGC 6397. L'erreur de mesure est indiquée en chaque point de la raie
d'absorption. La raie est dissymétrique, parce qu'elle est produite par
un doublet à composantes inégales. Trois profils synthétiques sont
calculés, le meilleur ajustement est celui du milieu. A chaque tracé
correspond une largeur équivalente (EW). Les largeurs équivalentes sont
différentes d'une étoile à l'autre, parce que les températures sont
différentes, mais les abondances de lithium sont très voisines.
Cliquer sur la figure pour l'agrandir.
Les étoiles de champ, mesurées de façon analogue donnent la même
abondance de lithium.
Ainsi, les abondances de lithium des vieilles étoiles fournissent une
très bonne évaluation de l'abondance de lithium par la nucléosynthèse
primordiale : NLi/NH = 2.1 10-10. Et les prédictions de cette
nucléosynthèse impliquent un rapport du nombre de baryons
au nombre de photons Nb/Np = 4.3 10-10,
soit classiquement une densité baryonique
h2
= 0.016 + 0.004 (où h est la constante de
Hubble normalisée à 100km/s/Mpc), en accord satisfaisant avec les
déterminations des abondances primordiales de D, 3He, He et avec les
fluctuations du fond cosmologique dans les limites d'erreurs.
Le problème du lithium n'est pas entièrement résolu. L'échantillon devrait être étendu, ce qu'on pourra faire économiquement en utilisant bientôt la spectroscopie multi-objets au VLT (FLAMES). L'abondance d'azote devrait être mieux comprise. L'apport des rayons cosmiques devrait être mieux évalué. La cause de quelques rares abondances aberrantes de lithium devrait être éclaircie, ainsi que l'effet des binarités.
Contact:
François Spite (Observatoire de Paris, GEPI)
Patrick François
(Observatoire de Paris, GEPI)
Gaël James (Observatoire de Paris, GEPI)