Les nébuleuses planétaires sont des enveloppes de gaz provenant d'étoiles en fin d'évolution. Lorsqu'une étoile semblable au Soleil a terminé de brûler l'hydrogène et l'hélium dans ses profondeurs, il n'en subsiste qu'un résidu très dense entouré d'une atmosphère ténue, le reste de la matière s'étant échappé sous la forme de vents stellaires. La collision des vents provenant d'époques différentes entraîne des augmentations de densités locales, visibles sous formes de coquilles de formes plus ou moins complexes lorsqu'elles sont ionisées et excitées par les photons de l'étoile centrale, devenue très chaude.
Jusqu'à tout récemment le nombre de nébuleuses
planétaires connues dans le halo de notre galaxie ne s'élevait
qu'à une dizaine. Ce nombre est en passe d'augmenter rapidement,
grâce aux relevés spectroscopiques profonds pour la recherche
de quasars et de galaxies à raies d'émission, qui permettent
également de détecter des étoiles à raies
d'émission
et des nébuleuses planétaires.
Une nouvelle nébuleuse planétaire dans le halo de la Galaxie
Le fameux Second Byurakan Survey, effectué en Arménie
dans les années 80-90, a été à l'origine d'une
découverte particulièrement intéressante. Gaghik
Tovmassian,
actuellement en poste au Mexique, a été intrigué par
un objet originellement classifié comme variable cataclysmique,
SBS 1150+599A. Le spectre de cet objet, très inhabituel, comporte
un continu bleu, quelques raies d'émission étroites et
décalées
vers le bleu, et la raie interdite [OIII] à 5007 Angstrom, de
très
faible intensité. Lors d'une réunion Astronomique se tenant
au Mexique, Gaghik Tovmassian a montré ce spectre à Grazyna
Stasinska, de l'Observatoire de Meudon, qui a d'emblée émis
l'hypothèse d'une nébuleuse planétaire.
![]() |
Toutefois, le spectre n'est pas vraiment typique d'une nébuleuse planétaire. Il ne possède qu'une seule raie interdite entre 4000 et 7000 Angstrom et celle-ci est extrêmement faible, comme le montre l'encart de la figure ci-contre, représentant un spectre de l'objet obtenu en totalisant 8400 secondes de pose au téléscope de 2.1 m de San Pedro Martir (Mexique). |
Une étude plus approfondie a permis d'éliminer de façon quasi certaine les hypothèses alternatives quant à la nature de cet objet (variable cataclysmique, étoile symbiotique, galaxie du groupe local etc...) et de retenir l'hypothèse de la nébuleuse planétaire comme étant de loin la plus probable.
Des modèles de photoionisation construits par Grazyna Stasinska
ont montré que l'abondance en oxygène de cette nébuleuse
planétaire (maintenant rebaptisée PN G135.9+55.9 selon la
nomenclature du Strasbourg-ESO Catalogue of Galactic Planetary
Nebulae) est
largement inférieure à celle des nébuleuses
planétaires
connues jusqu'à présent. Selon les hypothèses
adoptées
sur les caractéristiques de la nébuleuse et de son étoile
excitatrice, le rapport O/H dans PN G135.9+55.9 se situerait entre un
centième
et un millième de celui mesuré dans le Soleil.
Il s'agirait donc de la nébuleuse planétaire la plus pauvre en oxygène que l'on connaisse à ce jour!
L'abondance d'oxygène dans l'enveloppe de la nébuleuse reflète vraisemblablement la composition chimique du gaz à partir duquel s'est formée l'étoile-mère. C'est donc que l'étoile est très ancienne, peut-être plus ancienne que les amas globulaires les plus vieux. Ou bien qu'elle a été formée à partir d'un matériau quasiment primitif accrété par notre galaxie. Quelle que soit la réponse, elle entraînera d'autres questions sur la formation du halo de notre galaxie et l'évolution des étoiles extrêment pauvres en métaux.
A suivre ...
Tovmassian, G.H., Stasinska, G., Chavushyan, V.H., Zharikov, S.V.,
Gutierrez,
C., Prada, F., "SBS 1150+599A: an extremely oxygen-poor planetary nebula
in the Galactic halo?", 2001, Astronomy & Astrophysics, sous presse,
astro-ph/0104222.
Contact:
Grazyna
Stasinska (Département DAEC, Observatoire de Paris)