L'Observatoire de Paris
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Le satellite infrarouge ISO (Infrared Space Observatory), mis en orbite par l'Agence Spatiale Européenne (ASE) en 1995, a permis de nombreuses avancées en astronomie, en particulier dans l'étude de notre Système solaire. Des chercheurs de l'Observatoire de Paris, en collaboration avec le Max-Planck Institut à Garching (Allemagne), dressent le bilan des observations sur l'atmosphère des quatre planètes géantes fluides : Saturne, Jupiter, Uranus, Neptune et nous font part de leurs dernières découvertes. Grâce à ISO nos connaissances se sont affinées sur la composition des couches atmosphériques externes, les seules directement accessibles à l'observation, constituées principalement d'hydrogène et d'hélium, avec des traces de vapeur d'eau et de méthane.
ISO a permis de mesurer précisément l'abondance relative du deutérium (D), un isotope lourd de l'hydrogène (H). Le deutérium a été formé par nucléosynthèse pendant le Big Bang et brûlé ultérieurement dans les étoiles. La mesure du rapport D/H dans Jupiter et Saturne nous donne accès à sa valeur dans la nébuleuse solaire primitive. Cette détermination est importante pour notre compréhension de la formation des planètes à partir de ce nuage de gaz et de poussières, il y a 4,6 milliards d'années. La valeur dans Uranus et Neptune est plus élevée que dans Jupiter et Saturne à cause de la présence de grandes quantités de composés lourds dans leurs intérieurs. Ceux-ci, initialement sous forme de glaces, se sont enrichis en deutérium dans la nébuleuse primitive. Le rapport D/H dans ces glaces, incorporées dans Uranus et Neptune, est toutefois plus faible que celui mesuré dans les comètes.
Les observations conduites avec ISO ont d'autre part révélé la complexité de la chimie se déroulant dans la haute atmosphère des planètes géantes. Pour la première fois dans Saturne des hydrocarbures lourds, le méthyl-acétylène (CH3C2H), le diacétylène (C4H2) et le benzène (C6H6), ont été détectés. La formation d'hydrocarbures résulte de schémas réactionnels complexes trouvant leur origine dans la photodissociation du méthane (CH4) par le rayonnement ultraviolet du Soleil. La grande sensibilité des instruments à bord d'ISO a également permis la détection du radical méthyle (CH3) dans Saturne et Neptune. Ce composé très instable, directement produit par la dissociation du méthane, est un intermédiaire-clé dans la photochimie des hydrocarbures. Ces détections sont importantes car elles montrent que cette photochimie produit des quantités appréciables d'hydrocarbures complexes, certains pouvant former des brumes organiques dans la stratosphère des planètes géantes.
Mais la plus grande surprise a été la détection de deux composés oxygénés : la vapeur d'eau (H2O) et le dioxyde de carbone (CO2) dans la stratosphère des planètes géantes. On pense maintenant que la vapeur d'eau provient principalement d'une pluie ininterrompue de petits grains de poussières glacées, qui peuplent l'espace interplanétaire. Les flux de matière en jeu correspondent tout au plus à quelques dizaines de kilogrammes de glace d'eau tombant chaque seconde sur ces planètes.
Ces observations fournissent un moyen d'estimer la production de poussière interplanétaire loin du Soleil, peut-être due aux comètes. Une autre source possible est l'érosion météoritique des anneaux et des satellites glacés entourant ces planètes. Le dioxyde de carbone, quant à lui, peut être amené en partie par ces mêmes grains glacés. Il est toutefois nécessaire d'envisager une autre origine au moins dans le cas de Saturne : ce pourrait être la réaction photochimique de la vapeur d'eau et du monoxyde de carbone (CO). Quant à Jupiter, les observations semblent indiquer qu'il s'agit d'un résidu de la collision de la comète Shoemaker-Lévy 9 qui frappa la planète en juillet 1994.
Les observations effectuées par ISO ont fourni aux planétologues une moisson de découvertes. Tout en poursuivant l'analyse de ces mesures, les astronomes spécialistes du rayonnement infrarouge se tournent vers l'avenir, avec notamment le projet FIRST (Far Infrared Submillimeter Telescope), observatoire infrarouge en orbite prévu par l'ASE pour le début du troisième millénaire.

Contact chercheur : Bruno Bézard - 01 45 07 77 17
Contact Presse :
Martine Mathieu -Tél. 01 40 51 21 55 - E-mail mathieu@obspm.fr
Frédérique Auffret - Tél. 01 40 51 23 01 - E-mail Frederique.Auffret@obspm.fr

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Dernière modif. Monday, 22-Feb-1999 11:48:15 CET